Louis GOSSELIN: un curé plein d’humanité

 

A l’occasion des 10 ans du décès de l’abbé Louis GOSSELIN, petite rétrospective sur celui qui a parcouru sur sa mobylette pendant plus de 30 ans le territoire de ses 5 églises (COSQUEVILLE – VRASVILLE – ANGOVILLE – mais également NEVILLE et RETHOVILLE).

louis-gosselinSa personnalité et ses engagements firent de lui un homme de terrain, acteur et témoin des évènements du XXe siècle.

De c’cheu nous, certes, puisqu’il y passera de 1967 à 2001 les dernières étapes de sa vie, mais tout en restant toujours très attaché à RAUVILLE-LA- PLACE, son village natal.

Né le 19 décembre 1915 dans une famille modeste, alors que son père, employé de carrière, est mobilisé, il est l’aîné d’une famille de 6 enfants.

Après l’école communale de RAUVILLE-LA-PLACE, il poursuivit ses études pendant 7 ans à l’institut Saint-Paul à CHERBOURG en qualité de pensionnaire. Il en sortira bachelier à l’âge de 16 ans. Pendant son adolescence au cours des vacances passées chez ses parents, il sera fortement influencé par un autre natif de RAUVILLE-la-Place, René ROBLOT.

Né le 18 décembre 1872, René ROBLOT fut ordonné prêtre en 1895, et nommé vicaire à CARENTAN. En 1919, il acquit la notoriété littéraire en obtenant le prix de poésie de l’Académie pour son poème « Les morts fécondes », composé à la gloire des soldats tombés au champ d’honneur.

Le poète, qui en littérature a pris le nom de Jacques Debout, montre un talent oratoire qui lui vaut d’être invité à prêcher à l’étranger. L’évêque de MEAUX le nomma chanoine de sa cathédrale. A la fin de sa vie, Jacques Debout revenait régulièrement au pays natal. Décédé à PARIS le 31 janvier 1939, il fut inhumé à RAUVILLE-LA- PLACE le 4 février.

Tout au long de sa vie, l’abbé GOSSELIN rendra lors de conférences ou dans ses sermons un vibrant hommage à son grand ami et père spirituel, décédé quelques mois avant sa propre ordination. En effet, très jeune, Louis GOSSELIN décida de se consacrer à la prêtrise. En raison de son jeune âge, il bénéficiera d’une permission exceptionnelle du Vatican pour entrer au Grand séminaire de COUTANCES en octobre 1935. Il fit son service militaire en 1936-1937 à la base aérienne de VILLACOUBLAY où l’un de ses compagnons d’armes n’était autre que Charles TRENET.
Il fut ordonné diacre le 29 juin 1939 avec 16 autres séminaristes. Il pensait rentrer au Grand Séminaire de COUTANCES pour sa cinquième et dernière année de formation en vue du sacerdoce. Mais sur les 17 diacres, 15 furent rappelés aux armées lors de la déclaration de guerre le 2 septembre 1939. Pour sa part, avec son condisciple Pierre SERRANT, il est envoyé comme enseignant à l’Institut Notre Dame d’AVRANCHES pour remplacer les professeurs mobilisés. Mais très rapidement, Monseigneur LOUVARD décide de l’ordonner prêtre. C’est à la chapelle de l’ancien Carmel de COUTANCES que cinq diacres reçoivent le 15 octobre 1939 l’ordination sacerdotale. Trois, revenus des armées, sont en tenue militaire (un fantassin, un aviateur et un marin) tandis que comme l’abbé SERRANT, l’abbé GOSSELIN porte la soutane. Leur ordination fut avancée pour leur permettre de partir aux armées en qualité d’aumônier.

Il célébra sa première messe à RAUVILLE-LA-PLACE.

Puis très vite il fut mobilisé dans l’aviation avant d’être démobilisé à la base aérienne de CARCASSONNE. Professeur à l’institut Notre Dame d’AVRANCHES en octobre 1940, il enseigne au collège en classe de 5ème. Tous les vicaires de Sainte Trinité de CHERBOURG étant prisonniers, l’évêque le nomma vicaire à CHERBOURG de fin 1940 à fin décembre 1943. Pendant cette période d’occupation, il fut également aumônier des hôpitaux maritime et Pasteur et vécut en cette qualité les heures tragiques des bombardements. Face aux persécutions dont ils sont victimes, il aide les juifs et les réfractaires à échapper aux griffes de l’occupant.

Le titre de Juste des Nations lui est d’ailleurs décerné le 7 septembre 1971. Il est ainsi le premier de notre département à avoir été ainsi reconnu et honoré.

Le centre de documentation juive contemporaine au Mémorial de la Soah à PARIS retrace ainsi son implication :

GOSSELIN, abbé Louis – Cherbourg – dossier n° 692

Pendant l’Occupation, l’abbé Louis Gosselin était l’aumônier de l’Hôpital Louis Pasteur à Cherbourg (Manche). Du fait de ses fonctions, il était en mesure de venir en aide à des personnes qui se cachaient ou étaient en fuite. Il donna également asile à des jeunes Français réfractaires au STO, dont des Juifs. L’un d’eux témoigna après la guerre que le prêtre leur avait apporté à tous un grand soutien moral et matériel. En octobre et novembre 1943, le père Gosselin aida trois Juifs à échapper aux Allemands, et grâce à lui ils survécurent à l’occupation. Son action courageuse lui valut d’être décoré. Le port de Cherbourg occupait une position stratégique vitale sur le front ouest ; l’armée allemande avait ordonné à tous les Juifs de quitter ce qu’elle appelait « le mur de l’Atlantique ». Tout Juif découvert dans cette zone risquait les peines les plus graves et il en était de même pour ceux qui leur venaient en aide ou les hébergeaient. L’abbé Gosselin connaissait le danger mais poursuivit son activité sans se laisser intimider, mû par son ardent désir de voir l’occupation et la persécution des Juifs prendre fin.

Son nom figure sur le mur de l’Allée des Justes à PARIS (4e Arrt) Quiconque sauve une vie sauve l’univers (Talmud)

Sa situation personnelle devenant dangereuse à CHERBOURG, l’évêché lui accorde une cure. Le débarquement le trouva donc à EMONDEVILLE, entre MONTEBOURG et SAINTE MERE EGLISE. Dans le presbytère était installé l’état-major allemand.

Il parla toujours avec beaucoup d’émotion de cette nuit du 5 au 6 juin 1944. Il se refugia dans une tranchée avec d’autres habitants du village dont une jeune femme qui, par peur, mit au monde son premier enfant alors qu’à l’autre bout de la tranchée une vieille femme fut tuée par une grenade.

Il rappelait également ces instants tragiques où il entra dans une grange remplie de parachutistes en train de mourir. Se souvenant du « Notre Père » appris en classe d’anglais, il récita avec eux « Our father, who art in heavey », avant de leur donner l’absolution.

Son église partiellement détruite dès le 6 juin, les messes se firent dans une salle de ferme puis dans une grange transformée en église. A la demande du comité d’organisation, il prêcha deux fois lors de l’anniversaire du débarquement : la première fois à SAINTE-MARIE-DU-MONT et la seconde fois à SAINTE- MERE-EGLISE. Ce fut le jour où a été inauguré le vitrail à la gloire des parachutistes, en présence des délégations militaires américaines. Il sera le curé d’EMONDEVILLE jusqu’à fin décembre 1952. A la suite des travaux de reconstruction de son église, il lui offrit un vitrail dont le sujet est « Les pèlerins d’Emmaüs »

Il sera ensuite curé de DIGOSVILLE pendant 14 années, marquées par la célébration en août 1964 des noces d’or de ses parents, puis en octobre de la même année de son jubilé d’argent sacerdotal en présence de l’abbé PIERRE, la remise en 1965 de la Médaille du Courage et du Dévouement et de celle de la Résistance mais également par de nombreux pèlerinages.

Dès cette époque, il fut aussi un membre actif de la Fédération des Donneurs de Sang. Dans ces années 1950, il sera également dans les premiers à soutenir le travail sur le terrain du père Joseph WRESINSKI comme celui de l’abbé PIERRE. Avec les familles vivant à NOISY-LE-GRAND, le premier créa en 1957 une association qui deviendra « Aide à Toute Détresse » (ATD-Quart Monde). Une certitude animait le père Joseph WRESINSKI : « La misère est l’oeuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire. »

C’est le même combat que mènent les Compagnons d’Emmaüs de l’abbé PIERRE depuis ce tragique hiver 1954. Des liens très étroits nés dans l’action incessante auprès des plus humbles et des plus pauvres lieront ces 2 personnalités à l’abbé GOSSELIN.

Comme cadeau de départ, les paroissiens de DIGOSVILLE lui remirent un magnifique cyclomoteur. Et dès lors, l’abbé GOSSELIN toujours en soutane sera souvent photographié sur sa « motobécane ». Cette soutane, il la porta jusqu’à la fin de sa vie suite à la promesse faite à ses parents. En avril 1967, il est nommé curé de COSQUEVILLE, en remplacement de l’abbé DESMOTTES, et administrateur des paroisses de VRASVILLE et d’ANGOVILLE. En 1975, au décès de l’abbé BLESTEL, il reçoit la charge pastorale de NEVILLE et RETHOVILLE. Depuis, il a participé à la restauration des églises communales et a poursuivi son oeuvre pour l’aide au quart monde et aux pauvres. Il s’est également beaucoup dépensé pour organiser des pèlerinages.

A la suite du décès de sa maman en 1974, il ne voulut plus habiter seul le presbytère, grand et lugubre. Il vivra dès lors et jusqu’à sa mort dans la famille de René et Marie-Louise GUILLEMELLE à La Halmonerie..

En 1980, lors de la visite de Jean-Paul II, il se déplaça à LISIEUX accompagné de 8 jeunes, enfants de choeur, à qui il offrit le voyage en train.

 Il fêta le dimanche 15 octobre 1989 par une très belle journée ensoleillée ses « noces d’or » sacerdotales dans l’église de COSQUEVILLE entouré de nombreux prêtres dont l’abbé PIERRE. Dix ans plus tard, le dimanche 17 octobre 1999, il aura la joie d’être très entouré dans l’église de SAINT-PIERRE-EGLISE pour son jubilé sacerdotal de diamant. Il s’est éteint dans notre commune le 20 Juin 2001 à l’âge de 86 ans. Reste dans la mémoire de tous ceux qui l’ont côtoyé son immense générosité et l’ouverture d’esprit qui le caractérisaient tant. 62 ans de sacerdoce, c’est autant d’années au service des âmes, au service des hommes, à l’écoute des pauvres et des malades. Il est enterré auprès de ses parents dans le cimetière de RAUVILLE-LA-PLACE, au pied de l’église de sa jeunesse.