Les lavoirs

 Quel village n’a pas son lavoir ?

Le lavoir est le témoin de cette époque encore récente où la vie des femmes était absorbée par de lourdes tâches domestiques comme la lessive hebdomadaire. Centre de la vie rurale féminine, le lavoir était un point de rencontre : les laveuses y portaient leur linge sur une brouette. Le plus souvent, il leur fallait travailler à genoux. Pour ce faire, elles apportaient au lavoir une sorte de caisse transportable munie d’un gros coussin (la « case » ou le « carrosse »). La planche à laver et le battoir les aidaient à frotter et à bien faire pénétrer le savon dans les tissus souvent rêches. Durant l’heure de lessive, on se racontait les dernières nouvelles, les potins circulaient, les réputations se faisaient ou se défaisaient, d’où le nom d’hôtel de la médisance » attribué parfois au lavoir.

Bâti de manière à être traversé par une eau courante, le lavoir est presque toujours situé à proximité d’une source ou d’un cours d’eau. Lorsque l’eau de la source est abondante, fontaine, lavoir et abreuvoir se trouvent associés, formant un complexe hydraulique vers lequel convergent les habitants et leur bétail.

 Si aujourd’hui le lavoir nous semble un moyen archaïque de faire la lessive, il représentait à l’époque un progrès considérable et faisait partie des aménagements ruraux élémentaires pour la santé et la salubrité publique.

Le toit du lavoir protège les laveuses contre le soleil ou contre la pluie. Très souvent aussi, l’édifice est fermé sur trois de ses côtés, les abritant du vent et empêchant ainsi que le linge s’envole.

 Dans beaucoup de communes, la construction du lavoir a impliqué des travaux d’assainissement et d’urbanisme dans des quartiers souvent transformés en cloaques par la source qui jaillissait au milieu de la place et les bestiaux qui venaient y boire.

Dans les années 1960, la machine à laver a supplanté le lavoir et la lessiveuse.

 A savoir, un petit oiseau, la bergeronnette grise, est appelée « lavandière » ou « batte-lessive » parce qu’on la trouve aux alentours des lavoirs et des buanderies.

… et s’ils ne servent plus guère, les lavoirs restent un élément important de l’architecture vernaculaire.

 

La corvée de lessive

Bien que le travail soit dur physiquement et que l’on sue donc beaucoup, le linge est conservé une semaine durant et souvent plus longtemps !

La chemise fait office de chemise de jour et de chemise de nuit (chemise de couleur blanche comme tout le linge, en lin ou en chanvre).

Or le lavage du linge s’effectue alors que deux fois l’an (parfois une seule fois) dans les campagnes (ainsi s’explique l’importance des trousseaux personnels : plus de cinquante chemises, par exemple).

C’est la corvée de lessive ; dans le Cotentin, on dit « puchi la linsive », travail qui dure deux à trois jours et nécessite plusieurs opérations successives : essanger, charger la cuve, bouillir en « puchant » (puisant), rincer au lavoir.

Le premier jour, le linge est décrassé pour préparer la lessive, puis placé dans une large cuve basse garnie d’un grand linge blanc (on dit « coucher la lessive ») que l’on recouvre de cendre de pommier (la lessive n’est pas connue).

Le second jour, on chauffe de l’eau dans un récipient spécial communiquant avec la cuve par un tuyau. Quand l’eau bout, on puise dans le récipient et l’on verse cette eau sur le linge. Une circulation s’établit que l’on poursuit pendant des heures. Naturellement, on change de temps en temps l’eau du récipient de chauffe.

Le troisième jour, le linge est transporté en brouette au lavoir pour y être mis à sécher sur des cordes tendues pour l’occasion ou sur le pré si le temps le permet.

Les lavoirs sont donc nombreux  le long des cours d’eau.

Ces opérations ne seront simplifiées que par l’apparition des premières lessiveuses.

Extrait de « Il y a un siècle … la Normandie d’Hippolyte Gancel

La vie quotidienne des Normands – Editions OUEST-FRANCE