Le 6 juin prochain, souvenons-nous, n’oublions pas ! En raison des restrictions sanitaires, aucun rassemblement commémoratif ne pourra être organisé, faisons sonner les cloches de nos églises en même temps à une heure précise pour rendre un hommage collectif à nos libérateurs, vibrons à l’unisson.
Il y a maintenant 76 ans, nous étions à l’aube de la plus grande opération aéroportée et aéronavale de tous les temps : Overlord, dont le but était de redonner la liberté retrouvée en France et en Europe.
La Libération vint par la Normandie avant de s’étendre à l’Europe tout entière, au monde. A la fin de ce conflit majeur, les premiers vétérans de toutes nationalités sont revenus sur notre sol normand pour célébrer le premier anniversaire de la libération. S’en sont suivies 75 années de commémorations, 75 années de liesse en souvenir des hommes, des femmes venus un beau jour nous libérer, 75 années pour se remémorer cette épreuve, mais avant tout pour fêter la Libération. La fête de la liberté, cette liberté retrouvée, notre liberté.
Finalement qui sommes-nous ? Des citoyens du monde, de notre monde actuel. Nous sommes Anglais, Américains, Français, Allemands, Japonais, Chinois, Russes, Européens, nous sommes tous de ce monde, né de la libération venue un matin de juin 1944.
Pour la première fois depuis 76 ans, nous ne commémorerons pas le débarquement du 6 juin 1944. Le monde fait face à une grave crise sanitaire liée au Covid19 qui met à mal près de 70% de la population mondiale. Une population confinée qui nous rappelle les pires heures de notre histoire. Un confinement nécessaire à l’Humanité, un confinement tourné bien sûr sur l’enfermement, mais qui doit nous rappeler ce qu’est le terme de liberté. Cette période doit nous donner matière à réflexion sur nos modes de vie et de consommation, nous permettre de nous recentrer sur nous même avant de nous retourner sur le monde, sur nos proches, sur notre environnement, sur l’Humanité et le devenir de notre planète. La pire des choses serait de s’enfermer sur soi-même. L’homme qui ne retient pas les leçons du passé est amené à les revivre.
Je souhaiterais que cette crise nous fasse penser à nos anciens, ceux qui sont touchés par cette crise, nos anciens que l’on a souvent appelé cette «Greatest Generation». Cette génération qui s’est engagée, s’est battue, qui a développé un véritable sens du partage et de cette folle envie de liberté à travers le monde. J’ai eu la chance de croiser par cette passion liée à la bataille de Normandie, un vétéran parachutiste qui m’a dit un jour : « … La Normandie fait un peu partie de notre histoire américaine, c’est la 51ème étoile du drapeau américain ». Dans cette phrase, juste la volonté d’évoquer la question de cette citoyenneté du monde.
Cette libération aussi normande soit elle, c’est avant tout une histoire de terre, de villes, c’est d’abord 5 noms de code, Utah, Omaha, Juno, Gold et Sword qui résonnent dans nos têtes pour évoquer la libération. Nous parlons des dunes de Sainte-Marie-du-Mont, de Colleville-sur-
Mer, de Ouistreham, de ces villes de Carentan, Bayeux, Sainte-Mère-Eglise, Cherbourg, Caen, Courseulles, autant de symboles de la Libération. Mais nous parlons aussi de ces hommes venus des quatre coins de la planète, qu’ils soient de New York, Mexico, Rio de Janeiro, de Londres ou Perth….
L’idée est née ce week-end et a été soutenue par nos amis du monde associatif et des musées privés dont les représentants ont signé ce courrier. Je me suis rapproché de nos élus pour évoquer le projet avec un soutien de plusieurs collectivités dont Avranches et Carentan-les-Marais, montrant ainsi que le devoir de mémoire peut s’étendre à tout le département et au-delà, jusqu’à notre région entière. En 1944, Carentan était un objectif central du général Eisenhower dans la libération tout comme Avranches avec sa percée pour la fin de la bataille de Normandie.
Juin sans les célébrations du débarquement ne serait pas un anniversaire comme les autres. Pourquoi y penser ? Simplement pour ne pas oublier. Le monde d’aujourd’hui ressemble finalement à celui d’hier. Nos gouvernants n’ont-ils pas prononcé le mot de guerre pour parler de cette crise sanitaire ? Nos soignants sont en première ligne. Célébrer le Débarquement n’est pas d’actualité, le monde doit d’abord vaincre cette terrible crise. Mais pourquoi ne pas fédérer nos villages, nos villes, notre département, notre pays, nos voisins d’Europe et du monde autour d’un événement tourné sur la liberté ? Le débarquement a débuté le 6 juin après de maintes hésitations liées à de multiples critères. La vie du monde est faite de choix. Le souvenir et l’avenir doivent se tourner vers un événement générateur de sens. Ce sens, c’est celui de la liberté collective et individuelle.
Alors le 6 juin, donnons du sens à l’événement, n’oublions pas l’évènement historique majeur de la bataille de Normandie, et parlons du combat de demain qui est lié au combat mondial que nous vivons actuellement. Faisons d’une date, le début de quelque chose. Vivons l’évènement par une date, un lieu, une heure pour redonner un sens au mot liberté. Faisons sonner les cloches de nos églises au sein de villes le 6 juin à 6.44 PM (18h44). En juin parlons de Libération.
Nicolas Bellée,
Sont également signataires de ce courrier :
Patrick Fissot pour le Normandy Victory Muséum,
Emmanuel Allain pour le D-DAY Expérience,
Jean-marie et Sylvie Caillard pour l’association CAPA (Camp Arizona),
Nathalie Mary, Directrice du Festival International du film de la WWII,
Gérard Mary, Président de l’Association DDAY Overlord,
Tim Gray, President of World War II Foundation.