Madame la Sous-Préfète,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Président du Conseil Départemental,

Monsieur le Vice-Président du Conseil Régional,

Mesdames et Messieurs les Maires,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles et militaires,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec un grand plaisir et une certaine émotion que je vous présente ce soir, dans cette salle Gilbert Février, mes vœux les plus chaleureux pour l’année 2020. Que la période qui s’ouvre soit, pour chacune et chacun d’entre vous, un moment d’épanouissement et de bonheur personnel ; qu’elle vous apporte, sur tous les plans, de multiples satisfactions. Voilà ce que je vous souhaite en 2020.

En ce début d’année, la Communauté d’Agglomération du Cotentin fête ses trois ans d’existence. Quelles qu’aient été les contestations qui ont marqué sa naissance, elle s’est rapidement installée dans le paysage institutionnel, sans connaître de crise majeure, ni de rupture brutale dans l’exercice de ses compétences.

Elle l’a fait dans le strict respect de sa charte fondatrice, et conformément à la feuille de route que nous nous étions fixés. Aujourd’hui l’agglomération est un acteur public reconnu, potentiellement puissant et porteur d’une ambition pour le territoire du Cotentin. Pour autant, elle reste un ensemble fragile, une structure jeune et perfectible, à l’équilibre encore instable. J’ai l’intime conviction que nous sommes à la croisée des chemins, et qu’il faut prendre appui sur les efforts entrepris, depuis plus de trois ans maintenant, pour consolider l’acquis communautaire et amplifier la dynamique à l’œuvre dans notre presqu’île.

Cette conviction, je voudrais vous la faire partager ce soir, sans masquer les difficultés de la tâche, les limites de notre action passée, les écueils auxquels nous sommes quotidiennement exposés. Le volontarisme ne doit jamais exclure la lucidité, l’engagement ne doit pas conduire à oublier l’objectivité !

Chacun comprendra néanmoins que je débute mon propos en soulignant que nous avons globalement tenu les objectifs exprimés en 2017.

* Nous avons ainsi parachevé l’évolution des statuts pour donner à la CAC son bouquet de compétences définitif. Ce résultat est le fruit d’intenses discussions, qui ont débouché sur un partage des missions entre l’intercommunalité et les communes qui laissent à ces dernières une large capacité d’initiative et de mouvement.

Si nous avons poussé les feux de la communautarisation dans le domaine de l’eau et de l’assainissement grâce au concours résolu de Philippe Lamort, ouvrant ainsi la voie à une prise en compte globale des enjeux, à une mutualisation de l’expertise, à une future harmonisation tarifaire, nous avons rétrocédé aux communes nombre de compétences qu’elles exercent au plus près de la population. Nous avons organisé l’accompagnement de ce retour vers l’échelon municipal en créant des nouveaux espaces de solidarité que sont les services communs.

Et il serait paradoxal que les chantres de la proximité, les partisans du tout communal, les critiques véhéments des grands EPCI nous en fassent maintenant le reproche et nous appellent au secours pour absorber des compétences supplémentaires !

* Nous avons aussi et surtout commencé à porter à la bonne échelle des politiques attendues par nos concitoyens, politiques que l’organisation antérieure dispersée ne permettait pas de déployer à la hauteur des exigences contemporaines.

Il en est ainsi du Tourisme : en peu de temps, le Cotentin a progressé en termes de notoriété et de visibilité extérieure, avec le concours notable de la SPL présidée avec une grande efficacité par Geneviève Gosselin-Fleury (Site internet qualitatif, production de visuels, définition de la marque « Cotentin par nature » déclinée sur les différents supports). Il a aussi contribué à animer le territoire et ses acteurs dont les professionnels du tourisme. La CAC est ainsi à la manœuvre sur le grand évènementiel, Drheam Cup, Hermione, Semaine du cyclotourisme. Demain, avec la Rolex Fastnet, le territoire gravira une nouvelle marche d’une reconnaissance nationale et internationale.

Parallèlement, nous avons investi, parfois massivement, dans l’entretien et la modernisation des équipements à dimension touristique et culturelle dont nous avons récupéré la gestion : la Cité de la Mer, le Hangar à dirigeables d’Ecausseville ou encore le cinéma de Réville.

Comment, à ce stade, ne pas souligner que le tourisme n’est qu’un élément d’une politique d’attractivité globale dans laquelle le développement économique joue un rôle central ?

La CAC s’est, à cet égard, progressivement affirmée comme la porte d’entrée privilégiée pour les entreprises qui ont des projets sur le territoire. Elle est l’interlocuteur naturel des grands groupes comme des PME, tant pour la recherche de nouvelles implantations que pour la croissance interne.

Elle joue enfin un rôle de partenaire indispensable aux côtés des autres collectivités pour faire émerger les filières industrielles de demain, à commencer par les EMR, et conforter celles d’aujourd’hui. Si le Cotentin connaît, à l’heure présente, un taux de chômage de 7%, un niveau record de créations d’emplois et une croissance retrouvée, nul doute que les évolutions institutionnelles et le choix d’une fiscalité sur les entreprises modérée, combinée à des investissements publics innovants n’y sont totalement étrangers. Je remercie Benoît Arrivé, 1er Vice-Président, dont j’ai pu apprécier la loyauté et la solidité pour l’exercice de sa délégation.

Nous sommes arrivés à un moment charnière où les collectivités locales doivent redoubler d’efforts pour suivre le rythme imposé par le renouveau économique du Cotentin.

En matière de mobilités, de formation professionnelle, d’accès à la santé, d’emploi du conjoint, d’offre sportive et culturelle, nous sommes appelés à agir et à agir vite par les forces vives du territoire qui n’ont que faire de nos querelles administratives et de nos états d’âme.

C’est la raison pour laquelle nous avons consenti un effort particulier pour la recherche et l’enseignement supérieur, au travers notamment du programme de rénovation d’Intechmer, et que nous nous sommes dotés d’un schéma local de l’enseignement supérieur et de la recherche ; Que nous avons, en partenariat avec la Région, pris l’engagement de financer l’Institut de formation des aides-soignants (IFSI), tâches auxquelles David Margueritte s’est attelé avec l’énergie qu’on lui connaît.

C’est dans le même esprit que nous avons développé une politique ambitieuse d’attractivité médicale, sous l’impulsion de Jacques Coquelin, Vice-Président à la santé, au travers de l’extension des « Paradis de Cherbourg », de la contribution aux PSLA, et de la création d’un Conseil Local de Santé où sont associés les professionnels de santé du Cotentin ; Que nous avons pris notre part à l’effort collectif pour l’implantation à Cherbourg d’un plateau de coronarographie.

C’est, enfin, toujours animé de cette volonté de progrès, que nous avons pris nos responsabilités en matière de transports, en lien avec la Région et sous la houlette de Noël Lefèvre. Dès 2020, nous exercerons seuls l’ensemble des compétences des transports scolaires, urbains et interurbains. Le principe d’une DSP unique a été acté par le conseil communautaire de décembre 2019. Dès la rentrée 2020, la CAC sera en première ligne pour le transport scolaire.

Au-delà de cette ambition, le Plan de déplacement du Cotentin que nous adopterons en février, porte une vision de modernisation des mobilités sur le territoire.

Préparé par des expérimentations réussies l’été dernier (location et achats de vélos électriques, transport à la demande, navette de centre-ville) il s’appuiera sur une diversification de l’offre et constituera un levier pour toutes les formes de mobilités (transport public, covoiturage, modes doux)

Aucune de ces grandes organisations ne sauraient être menée dans la durée sans le concours de nos partenaires, qu’il s’agisse de l’Etat, de la Région ou du Département. La négociation des contractualisations (les vraies, pas les ersatz ! ) est un enjeu majeur dans le contexte des finances publiques que nous connaissons. La CAC s’est révélée à cet égard un bouclier protecteur pour les communes permettant de faire valoir nos intérêts et d’obtenir des financements substantiels, en même temps qu’elle fournissait l’ingénierie nécessaire au montage des dossiers. Aujourd’hui, nos négociateurs sont bien identifiés et contribuent à optimiser les plans de financement des projets portés sur le territoire.

Au-delà, nous nous sommes organisés pour assurer le suivi des contrats pour notre compte et celui des communes. Leur mise en œuvre est actuellement limitée, freinée par la capacité des maîtres d’œuvre à mener leurs projets et à le faire dans les délais annoncés.

Nous même ne sommes pas exempts de reproches en la matière. Certains grands chantiers avancent trop lentement, mais je vous rassure, ils avancent parfois dans l’ombre.

La faute à la lourdeur des procédures, à la multitude des priorités, au temps de la mise en place de notre EPCI, à la mise en place difficile de la Direction Ingénierie et Bâtiments.

Nous pouvons être fiers d’avoir sécurisé les financements de plusieurs projets d’ampleur : INTECHMER, IFSI, Comptoir touristique de St Vaast, d’avoir signé avec l’Etat le « contrat de ruralité », « l’action Cœur de Ville » et le contrat de transition écologique, et surtout d’avoir conclu avec la Région et le Département un contrat de territoire sans équivalent depuis longtemps. Je remercie David Margueritte et Patrice Pillet d’avoir été nos relais vigilants auprès des instances concernées. Autant d’instruments qui sont des leviers pour le développement du Cotentin. Nous pouvons également nous réjouir d’avoir avancé avec nos partenaires sur les projets de contournement du Val de Saire et du contournement Sud-Ouest de Cherbourg pour lesquels des décisions pourront être prises au cours du prochain mandat sur la base des travaux en cours. Il n’y a aucune raison de douter de notre détermination en la matière.

Cette politique, Mesdames et Messieurs, nous l’avons menée dans un cadre doublement contraint, à la fois sur le plan réglementaire et financier. Et ces contraintes extérieures, dont les communes et les élus nous imputent parfois la paternité (ou la responsabilité), participent à notre fragilité.

Je mesure, plus que quiconque, le poids et la lourdeur des procédures qui nous sont collectivement imposées. Je sais combien l’élaboration des documents de programmation voulus par le législateur peut paraître empreinte d’une technicité et d’une abstraction déroutante.

Je suis également conscient que les entraves imposées aux constructions nouvelles sur un territoire qui marie les contraintes littorales et celles liées à la préservation du bocage peuvent être décourageantes pour des maires soucieux de préparer l’avenir de leur terre.

Mais enfin, que l’on cesse, sur ce sujet, la langue de bois ! Ces schémas ne sont pas le fruit des seuls bureaux parisiens, ils résultent souvent des attentes de la population elle-même, des nécessités de la transition écologique, de la tentation du « risque zéro ». Ils s’inscrivent également dans une logique, sans doute trop prescriptive, de cohérence territoriale.

L’Agglomération s’efforce, dans ce contexte, de tracer un chemin raisonnable. Je rappelle que nous sommes intervenus auprès de la Région pour adoucir les éléments du SRADDET qui nous paraissaient inutiles et contraignants. Pour autant, je ne laisserai jamais croire que nous pouvons nous affranchir sans dommages et sans risques de l’ordre juridique dans lequel nous agissons.

Je ne laisserai jamais les intérêts particuliers et notamment ceux des promoteurs dicter la politique de l’agglomération en la matière. Je ne laisserai jamais croire que l’on peut continuer à ignorer les appels à la maîtrise de l’espace, à la lutte contre les submersions, à la croissance sobre et soutenue.

Si le SCOT n’est pas de la responsabilité de la CAC, il constitue un enjeu premier pour l’élaboration du PLH et des PLUI. Je souhaite ardemment que son projet soit arrêté en février sous l’autorité d’Yveline Druez dont je salue le travail remarquable. Je n’ignore pas les invitations amicales qui s’exercent pour en retarder l’adoption, au motif que le temps améliorerait la copie. Il faut à tout prix résister à cette illusion, car le document actuel exploite au maximum les possibilités d’étalement urbain et de développement immobilier au point que sa conformité avec le SRADDET et les directives de l’Etat ne sont pas acquises. Remettre l’ouvrage sur le métier aboutirait fatalement à retarder des évolutions dont nos communes, notamment rurales, ont un urgent besoin. Vous en seriez les premières victimes !

La deuxième contrainte que nous devons appréhender à sa juste mesure, c’est bien sûr la contrainte financière. La CAC a hérité d’une situation saine en ce domaine, marquée par une trésorerie abondante et un endettement limité. Pour autant, cet état de fait n’autorise aucun relâchement dans la gestion, tant les besoins sont grands et les marges de manœuvre limitées. Christian Prime, Vice-Président aux finances, le sait mieux que personne, lui qui veille sur nos comptes quotidiennement. Le retard apporté à la mise en service de l’EPR prive ainsi notre collectivité des ressources supplémentaires qui lui permettraient de satisfaire des ambitions légitimes.

Le coût de la solidarité vers les communes (compensation des pertes de dotation, DSC), la reprise des investissements antérieurement engagés, l’inflation de certains coûts pour l’EPCI, combinés à la nécessité de mener des actions résolues en matière de GEMAPI, de mobilités ou d’ordures ménagères rendent plus que jamais nécessaires des choix courageux, qui passent par la recherche de nouvelles ressources. Nous les avons préparés. Dès son installation, il reviendra au conseil d’agglomération issu des élections de dire ce qu’il veut.

Je tiens, à ce stade, à souligner combien nous avons pu, durant ces trois années maîtriser ces différents paramètres grâce au concours d’une administration exceptionnelle par sa qualité et son degré d’engagement au service du projet communautaire. Je veux remercier ici l’ensemble des agents de la CAC qui, sous la houlette du Directeur Général, Philippe Menut, et de ses adjoints, Laurent Kies, Céline Le Méhauté, Franck Duval, Marion Plaine, Flavien le Goff et Jacky Chesnel se sont mobilisés pour proposer des solutions pragmatiques aux problèmes qui se posaient à nous.

La mise en place rapide d’une administration autonome, opérée en partie par une mutualisation intelligente avec les communes de Cherbourg, la Hague et les Pieux a permis de rendre crédible notre dessein pour le territoire en même temps qu’elle autorisait la mise en place d’une politique de ressources humaines propre à l’agglomération.

Cette politique a été élaborée dans le cadre d’un dialogue social constructif et en confiance avec les organisations syndicales. Nous n’avons connu qu’un seul mouvement social directement lié à notre construction qui a débouché sur la signature par toutes les organisations syndicales représentatives d’un agenda social dont le suivi est régulier. Un effort de rattrapage considérable a été mené sur le territoire, avec des avancées notables en termes de régime indemnitaire, de contribution de l’employeur aux mutuelles, à la prévoyance, de promotion des agents, de formation et de développement des bonnes pratiques d’hygiène et de sécurité, de mise en œuvre d’une communication digne de ce nom. Merci Jacques Lepetit d’avoir été l’homme d’orchestre de cette évolution.

Des services nouveaux ont été mis en œuvre, à l’image de l’extension des services de la cellule mieux-être au travail- maintien dans l’emploi. La livraison prochaine des locaux du siège administratif de la CAC marquera une nouvelle étape dans l’amélioration des conditions de travail de plusieurs services.

Il n’en demeure pas moins que notre administration reste confrontée à de multiples défis que le prochain mandat sera l’occasion de continuer à relever. Quel niveau de mutualisation, alors que des voix s’élèvent en milieu rural pour en limiter l’étendue ? Quelle part de la ressource globale consacrer à l’édification d’une administration autonome dans un contexte de finances publiques rares ?

Quelle attractivité pour notre administration territoriale qui subit les difficultés découlant de son enclavement et se trouve dotée d’un régime indemnitaire modeste, au regard d’autres EPCI de taille comparable ? Il s’agit là de questions majeures pour asseoir la légitimité de l’action communautaire, apporter aux communes l’expertise qu’elles réclament, et porter, plus haut encore, les politiques que nos concitoyens attendent de nous.

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Mesdames, Messieurs,

Je m’en voudrais, à la fois de dresser un tableau sans nuages de notre action et de vous laisser penser que notre action s’est réduite à la seule dimension de l’efficacité administrative. La présentation des vœux n’est pas un exercice d’autosatisfaction, aussi vain que dérisoire. Et j’ai suffisamment entendu de critiques sur le caractère éminemment technocratique de notre construction pour ne pas moi-même alimenter ce procès.

L’unification du Cotentin, via la création de la CAC, est bien un projet politique et doit le rester. Ce projet repose sur deux piliers : améliorer la visibilité, la notoriété, l’attractivité du territoire par des politiques enfin déployées au bon niveau, assurer la solidarité territoriale et financer ces politiques via un meilleur partage de la richesse fiscale issue des implantations industrielles exceptionnelles présentes sur notre sol.

Les affres de la construction de notre communauté, la technicité des enjeux, notamment financiers et fiscaux auxquels nous étions confrontés, la nécessité de mettre en place une double gouvernance à la fois centrale et de proximité, ont pu, parfois nous faire perdre de vue, les véritables raisons qui ont présidé à l’émergence de cet ensemble.

Mais il est temps, aujourd’hui, à l’heure de ce premier bilan, de revenir à l’essentiel, et d’effectuer un retour aux sources. J’ai, pour ma part, toujours considéré, quitte à être minoritaire, que l’unité du Cotentin était la meilleure réponse au risque du déclin et de la marginalisation du territoire. Et que le statu quo de notre organisation ne préservait ni les capacités d’action du monde rural, ni le rôle de Cherbourg et des pôles secondaires de service que sont Valognes, St Vaast la Hougue, St Pierre Eglise ou encore les Pieux ou Barneville-Carteret.

Je n’ai pas changé d’avis, même si j’ai trop souvent le sentiment de ne pas vous avoir totalement convaincus,  et l’impression douce-amère d’avoir atteint les limites de ma capacité de persuasion.

Il nous est donné d’entendre, en ces temps incertains, une petite musique sur l’air de « Et si c’était mieux avant… ». Cette ritournelle est, reconnaissons-le, entonnée au niveau national par la remise en cause de l’intercommunalité comme projet fédérateur d’un territoire, au profit d’une conception restrictive, fondée sur la seule prestation de services aux communes.

Or, l’intercommunalité a besoin du volontarisme politique national pour s’affermir. Elle est, par nature, la plus fragile des collectivités locales car elle est la plus récente d’entre elles et que sa légitimité démocratique n’est pas équivalente aux autres.

Mais, cette petite musique est aussi portée au niveau local, par de nombreux élus dont c’est le droit le plus strict, mais dont je ne partage ni la nostalgie, ni le pessimisme.

Et si c’était mieux avant…

Quand il y avait onze offices du tourisme et qu’on ne pouvait faire à Valognes, la promotion de l’été musical de Barfleur et, à Barfleur, celle des concerts en valognais…

Quand une entreprise qui voulait s’installer dans le Cotentin se trouvait confrontée à onze services différents, onze fiscalités différentes, et 40 zones d’activité concurrentes au lieu d’être complémentaires …

Quand chacun se battait pour attirer des médecins chez lui, sans pouvoir bâtir un plan d’ensemble pour développer une offre de santé…

Quand nous avions des projets structurants, tels le centre aquatique du Cotentin, le comptoir maritime de St Vaast, la maison de l’enfance et de la jeunesse de Montebourg, mais tant de peine à les financer…

Quand nous avions des bâtiments inaugurés dans les années 80 et 90 mais plus d’argent pour les entretenir correctement…

Quand les fonds de concours n’existaient pas, quand la DSC était une vue de l’esprit, et la compensation de la DGF une utopie …

Quand le Cotentin n’avait pas de site internet, et que notre communication était fragmentée…

Quand nous ne rêvions pas à accueillir l’Hermione ou la Fastnet !

Alors oui, je sais bien, comme on le dit ici que « fraise avalée n’a plus de goût », que tout est perfectible, que les élus ruraux ont un sentiment de dépossession et que les évolutions sont allées vite, mais de grâce, résistons à la tentation d’enjoliver le passé et de dénigrer le présent. Projetons-nous vers l’avenir au lieu de regarder en permanence dans le rétroviseur.

Je le dis avec d’autant plus d’ardeur que je n’ai nul intérêt personnel à défendre ou position à faire valoir, à l’exception de celle de la place future de ce territoire.

L’avenir de la CAC est entre vos mains. Mais il demeure fragile et vous avez les clés de sa consolidation ou de son effritement. Aucun président, quel que soit son talent ou sa personnalité, ne pourra seul faire prévaloir l’intérêt général sur la somme des intérêts communaux. Il faudra une relance de la motivation collective pour confirmer la feuille de route ambitieuse du Cotentin.

En dépit de tous nos efforts, l’agglomération reste encore trop perçue comme un prestataire pour le compte des communes, un financeur extérieur de tous les projets que l’on vient ponctionner en fonction de ses besoins ou de ceux des associations de son territoire. Si l’espace administratif existe, il demeure un patchwork des territoires antérieurs et ne vit pas pleinement comme une espace de solidarité et de projets communs. C’est là une menace potentiellement dévastatrice pour notre communauté.

En dépit de tous nos efforts, nous n’avons pas encore réussi à dépasser les oppositions héritées du passé et à dissiper le sentiment totalement infondé que Cherbourg se taille la part du lion dans les arbitrages, que les petites communes rurales sont défavorisées alors même qu’elles sont sur-représentées dans le conseil et ont profité plus que proportionnellement de la solidarité communautaire.

En dépit de tous nos efforts, nous n’avons pas encore réussi à associer, comme il le faudrait, les conseils municipaux au bon fonctionnement de l’agglomération, ni à stabiliser totalement l’articulation entre la politique communautaire et l’action des pôles de proximité, tant au niveau des élus que les directeurs de pôles.

En dépit de tous nos efforts, enfin, nous n’avons pas totalement réussi à convaincre la Région qu’au regard de notre poids économique, démographique et géographique, nous méritions d’intégrer le « club » des grandes agglomérations de Normandie. Après trois années d’existence, cette exclusion est de moins en moins comprise, sauf à considérer que les enjeux économiques et sociaux du Cotentin sont secondaires par rapport à ceux de Caen, de Rouen ou du Havre.

Et je terminerai ce rapide panorama, en concluant que nous n’avons pas toujours été capables d’expliquer au département et aux EPCI voisins que la solidarité ne signifiait pas nécessairement l’alignement et le renoncement à l’autonomie, dès lors que nous avions les moyens et la volonté de mener notre propre stratégie territoriale.

Vous l’avez compris, il reste beaucoup à faire pour assurer un positionnement singulier mais complexe dans un environnement institutionnel qui a changé profondément, pour asseoir la légitimité de l’intervention communautaire, pour fixer les termes d’une relation constructive et sans arrières pensées avec les communes membres.

Nous avons posé les fondations de cet édifice qui reste à parfaire et à embellir, car toute aventure humaine est inachevée, car toute histoire appelle de nouveaux chapitres.

Je suis sûr que vous le ferez en refusant la facilité de la surenchère, le piège de la démagogie, ou la résurrection des antagonismes d’hier.

Ayez conscience que la population, les habitants de ce territoire, sont en avance sur les élus, qu’ils ont déjà intégré dans leur modes de vie, leurs exigences, leurs attentes, que le Cotentin est une réalité et leur bassin de vie naturel, là où nous avons encore en tête nos anciennes frontières.

Alors que je vous présente mes derniers vœux en tant que Président de l’Agglomération du Cotentin, je vous remets, avec émotion, les clefs de cette communauté que vous m’avez confiée il y a trois ans, après que j’avais eu la charge de diriger celle du Bocage Valognais en 2008 et celle du Cœur du Cotentin en 2014.

Présider le Cotentin aura été une des grandes chances de ma vie et je vous suis infiniment reconnaissant de me l’avoir donnée. J’ai aimé nos échanges, nos débats, nos séances de bureau communautaire, nos sessions de Conseil, nos rencontres au siège des pôles de proximité, à l’occasion des vœux ou des manifestations traditionnelles qui rythment les calendriers annuels.

J’ai l’immodestie de penser que nous avons bien travaillé ensemble, et que ce que nous avons construit ensemble marquera durablement le territoire de son empreinte.

Je tiens à remercier, en cet instant, l’ensemble de ceux qui ont contribué à cette vaste entreprise :

  • Les Vice-Présidents, conseillers délégués et présidents des commissions de territoire et notamment ceux que je n’ai pu mentionner dans le corps de mon propos, E Mabire, E Burnouf, JM Lincheneau, JP Lemyre, B Lebaron,
  • Les élus communautaires, titulaires et suppléants,
  • Les élus municipaux des communes du Cotentin,
  • Les Parlementaires du département, Philippe Gosselin, Jean-Michel Houllegatte, Sonia Krimi, Stéphane Travert, Jean Bizet, Philippe Bas, Bertrand Sorre,
  • Messieurs les Présidents du Conseil Départemental, Marc Lefèvre, et du Conseil Régional, Hervé Morin,
  • Les membres du Conseil de développement,
  • Les agents de la CAC,
  • Les élus et agents de l’ex SMC,
  • Les membres de la SPL Tourisme et de l’ensemble des structures associées.

Prenez grand soin de l’Agglomération car elle le mérite. Ne brisez pas l’élan que vous avez créé. Maintenez les acquis de ce mouvement, apportez un regard nouveau et une touche nouvelle à cet ensemble sans en détruire l’équilibre, dans la fidélité à l’esprit de tempérance et de modération qui anime cette terre depuis toujours.

J’ai confiance en l’avenir du Cotentin et des 130 communes qui la composent.

Vive le Cotentin !

Vive la Manche !

Vive la Normandie !